Éviscération 025 — Radio-Canada et la sexualité des monstres

La semaine passée, on a eu de la grande visite! Radio-Canada est venu dans la maison des viscères pour faire un reportage sur nos amis des Six Brumes. Jonathan Reynolds, cofondateur et coéditeur des Six Brumes, et Pascale Raud étaient aussi de la partie.

Ouais, je sais, c’est un peu étrange de faire un reportage sur une maison d’édition dans la maison qui héberge une autre maison d’édition… mais la maison des viscères est aussi l’endroit où j’ai écrit ma nouvelle « Les tubercules de l’horreur », qui sera publiée dans le collectif Horrificorama. Faut suivre!

Voyez le reportage ici! http://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1039611/maison-edition-six-brumes

Passons maintenant à notre dernier texte par un des auteurs d’Horrificorama. C’est presque un essai que nous a préparé Philippe-Aubert Côté sur la sexualité des monstres…

Philippe-Aubert Côté et… le monster porn

Quand Pierre-Alexandre Bonin m’a approché pour Horrificorama, aucun des genres proposés ne m’attirait. Je lui ai alors demandé, par boutade : « Une histoire portant sur un sauna gai fréquenté par des monstres, ça serait quel genre? » Et lui de me répondre : « Euh… Monster porn? » Monster porn. J’ai trouvé ça amusant, alors j’ai embarqué — même si je ne m’obligeais pas à faire une histoire axée sur des monstres gais fréquentant un sauna.

Qu’est-ce que que le monster porn? Avouez-le : en entendant ce nom, des images surgissent intuitivement dans vos têtes… C’est exactement ce que vous imaginez. Mais ces images seront en dessous de ce que vous lirez dans mon récit. ;-)

Pourquoi le monster porn? Parce que les monstres ont une sexualité comme tout le monde. Leur job est de nous effrayer, mais, après le travail, ils ont eux aussi le droit de prendre du bon temps. Ils peuvent même être sexys, à leur manière — regardez les loups-garous musclés du premier Underworld (2003) ou ceux à crinière de rock star de Van Helsing (2004).

Des exemples de monster porn? Ils sont nombreux et parfois anciens.

Vous pouvez regarder du côté de l’iconographie japonaise du XIXe siècle avec ses images de femmes forniquant avec des démons ou des monstres-pieuvres. Avant ça, les hommes préhistoriques ont peint sur les parois de leurs cavernes d’étranges scènes d’accouplement entre humains et créatures fantasmagoriques.

Plus récemment, on peut regarder du côté de deux sous-genres de l’horreur : l’horreur érotique et le splatterpunk, dont Clive Barker est l’un des plus célèbres représentants (ses Livres de sang contiennent autant de sexe que d’hémoglobine).

Aujourd’hui, tant la littérature de genre, les bandes dessinées et le web fourmillent d’images explicites et de récits où humains et monstres prennent leur pied ensemble. Du côté de la littérature et des comics, je pense notamment à Garouage de Nancy A. Collins et Neonomicon d’Alan Moore. Côté web, les sites de furry art regorgent d’images qui laisseraient le grand-père Lovecraft sans voix — même son Cthulhu y a une vie sexuelle! Lors de ma recherche documentaire sur le monster porn, j’ai même contacté et interviewé un artiste web américain, Monsterbait, qui produit images, photographies et vidéos érotiques mettant en scène des monstres. Il a gentiment répondu avec humour à toutes mes questions.

Fait intéressant, beaucoup de récits, de bandes dessinées ou d’images associés au monster porn sont traversés par l’idée qu’un humain qui s’accouple avec un monstre devient lui-même une créature fantastique — un thème que j’ai volontairement repris pour mon texte d’Horrificorama. On le trouve par exemple dans la nouvelle La Madone de Clive Barker, le film Maléfice de Wes Craven, les bandes dessinées Lilith de Desberg et Hardy et Demonic sex de Chuck Conner et Sean Platter. Il y a là une métaphore inversée du SIDA, maladie qu’on a associée exclusivement, à tort, à la communauté gaie, mais aussi un reflet satirique de cette idée malsaine, courante dans les milieux fondamentalistes, où l’exposition au sexe gai peut vous « convertir » en homosexuel. Malheureusement, cette idée ridicule sert à justifier des répressions atroces envers les homosexuels dans plusieurs pays.

Au fond, ce qui fascine dans le monster porn, c’est que la sexualité des monstres renvoie à celle, polymorphe, des humains : combien de pratiques sexuelles entre adultes consentants suscitent une impression de monstruosité chez les autres? Le monstre, c’est l’autre. La sexualité monstrueuse, c’est celle de l’autre… mais ça pourrait aussi être la vôtre! Entre les monstres et nous, il n’y a, somme toute, aucune différence.

Cliquez ici pour plus d'information sur la prévente des Six Brumes et sur Horrificorama.

Merci d’avoir lu jusqu’à la fin! À bientôt!

Frédéric Raymond, éditeur
La Maison des viscères

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