Éviscération 023 – Objets maléfiques, fantômes, bizarro et fantastique dans Horrificorama

Bienvenue dans le deuxième Éviscération spécial Horrificorama!

Aujourd’hui, quatre auteurs vous parlent d’objets maléfiques, de fantômes, de bizarro et de fantastique. Quel type d’histoire d’horreur vous parle le plus?
 
Pierre-Alexandre Bonin et… les objets maléfiques

Qu’on les trouve dans un grenier poussiéreux, dans une vente de garage ou dans le fond d’un garde-robe, les objets maléfiques abondent. Ils attendent patiemment de tomber entre les mains d’un propriétaire naïf ou inattentif pour perturber le quotidien de celui-ci. Peu importe leur nature, ils n’ont qu’une seule fonction : détruire à petit feu l’équilibre mental de leur possesseur et le mener à la mort pour ensuite attendre patiemment leur prochaine victime. Portez une attention particulière à votre prochain achat dans un marché aux puces. Vous ne savez jamais sur quelle aubaine vous pourriez tomber…

Suggestion : Le singe, une nouvelle de Stephen King. Ou La patte de singe, de W. W. Jacobs. King s'en est inspiré pour sa nouvelle et je me suis inspiré de la nouvelle de King pour la mienne!

Jonathan Reynolds et… les fantômes

Pour ma part, je n’ai pas choisi le thème de ma nouvelle. Je voulais du défi. J’ai demandé à Pierre-Alexandre Bonin de choisir pour moi. Et c’est très bien ainsi, car je n’aurais surement pas choisi la thématique du fantôme de prime abord. Il s’agit là d’un des plus anciens thèmes de la littérature fantastique… alors c’est facile de sombrer dans la redite, le pastiche ou l’hommage.

Pour éviter cela, je me suis éloigné du sentiment de peur propre à l’épouvante et j’ai plutôt écrit une histoire d’amour (mais n’ayez crainte : ça n’a rien à voir avec Mon fantôme d’amour…) dans laquelle le fantôme n’est pas une menace. Cette fois-ci, le personnage principal souffre de ne plus être hanté par la présence surnaturelle. Il ressent ce vide laissé par la perte de l’être cher…

Un roman de fantôme contemporain que j’ai bien aimé : Le Costume du mort, de Joe Hill.
 
Frédérick Durand et… le bizarro

Dans le collectif Bizarro (La Maison des viscères, 2015), l’auteur et éditeur Frédéric Raymond présente le genre homonyme comme « un savant amalgame d’horreur et d’idées folles, que ce soit fait d’une manière artistique et réfléchie ou dans le but de divertir le lecteur en l’invitant à visiter des mondes impossibles et, parfois, à l’allure incohérente […] ». Il s’agit de vouloir « repousser les frontières de l’imagination. C’est amener la littérature dans des zones peu explorées ».

Ce qui m’a notamment intéressé, c’est la possibilité de permettre au bizarro de contaminer non seulement le récit, mais aussi l’écriture. L’horreur devient stylistique. Le monstre, c’est désormais le texte.

Cela dit, l’un de mes buts consistait à éviter de produire une nouvelle qui ne soit qu’une succession d’absurdités sans cohérence. Je me suis astreint à structurer un arc narratif complet avec une intrigue, laquelle contient un début, un milieu et une conclusion… le tout volontairement brouillé par un formalisme évident. Sous des dehors fantaisistes, l’ensemble développe une réflexion sur l’acte d’écriture et sur les liens qui unissent les auteurs et leurs personnages.

Pour en savoir davantage au sujet du bizarro, on peut se référer à un site recommandé par Éric Gauthier sur son blogue Fractale framboise : https://bizarrocentral.com.

Suggestions de lectures : le collectif Bizarro (La Maison des viscères) et Le drive-in, de Joe Lansdale.
 
Pierre-Luc Lafrance et… le fantastique horrifique

Pour le projet Horrificorama, j’ai commis une nouvelle de fantastique horrifique. L’intrigue est ancrée dans le réel, avant de basculer dans l’horreur en raison d’un phénomène inexpliqué. Dans ma nouvelle « Comme le goût d’un souvenir qui meurt sur la langue », le réel est une résidence de personnes âgées. Le fils des propriétaires, qui vit sur place, découvre qu’une créature hante les lieux et veut mettre fin à ses agissements. Seulement, personne ne le croit… sauf le vieux cochon de la place. Cette équipée improbable tentera de sauver les résidents contre la mort et l’oubli (pas nécessairement dans cet ordre).

Il y a des touches d’humour dans la relation entre le garçon et le vieillard (une sorte de clin d’œil à Bubba Ho-Tep, histoire déjantée qui a pour cadre… une résidence de personnes âgées). Cela dit, on est dans le fantastique horrifique et le ton demeure sérieux. Mes suggestions iraient du côté de La Mémoire du lac, de Joël Champetier, de Sur le seuil, de Patrick Senécal et de la trilogie des Villages assoupis, d’Ariane Gélinas.
 
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À bientôt,
 
Frédéric Raymond, éditeur
La Maison des viscères
 

Éviscération 022 - Sorcière, momie, slasher et gorno dans Horrificorama

Nos amis des Six Brumes viennent de lancer la prévente de leur catalogue 2017. Un des titres intéresse particulièrement La Maison des viscères : le collectif Horrificorama. Le concept est simple : 15 auteurs ont écrit une nouvelle appartenant à un sous-genre d’horreur différent. J’ai demandé aux auteurs de nous parler du genre qu’ils ont choisi.

Réservez votre exemplaire dès maintenant sur le site des Six Brumes. Plus il y aura d’argent amassé pendant la prévente, plus vous allez en avoir pour votre argent. Au prochain objectif de sociofinancement, 15 illustrations de Émilie Léger seront ajoutées au collectif, une par nouvelle.

Et maintenant, place aux auteurs!

Élise Henripin et la sorcière…

Alors que je pense généralement à la sorcière comme à une femme forte en contrôle de sa sexualité, inflexible devant le patriarcat, celle de ma nouvelle est une hideuse vieille femme tout droit sortie d’un conte de fées. En fait, elle est inspirée par une histoire racontée par mon père quand j’étais petite. À l’approche de l’Halloween, j’insistais pour une histoire qui fasse peur pour vrai, et non quelque chose de joyeux à la Casper le gentil fantôme. De son récit, je ne me souviens d’à peu près rien, sinon de cette créature qui hantait les égouts : sans rien gâcher, je peux dire qu’encore aujourd’hui, j’ai tendance à me couvrir les oreilles avec une couverture pour dormir! Pour ceux et celles qui ont envie de redécouvrir les sorcières, deux films me viennent en tête : The Witch, œuvre récente de Robert Eggers dont l’hyperréalisme nous plonge dans la paranoïa de la Nouvelle-Angleterre puritaine, et Häxan, un documentaire scandinave de 1922 qui présente certaines séquences saisissantes où des femmes se pressent autour de démons grimaçants.

Geneviève Blouin et la momie…
Pour Horrificorama, je ne savais pas trop quoi choisir comme thème, n’étant pas une grande écrivaine d’horreur. Cependant, quand quelqu’un a mentionné « la momie » parmi les « créatures horrifiques classiques » pouvant être explorées dans une nouvelle, j’ai été séduite par cette idée, qui représentait tout un défi. En tant qu’historienne, j’ai souvent envie de brailler en voyant les énormités et les anachronismes qui entourent les histoires de momie. Je me suis donc demandé s’il était possible d’aborder cette créature-là d’une manière respectueuse du contexte historique et relativement originale. J’ai trouvé mon angle, puis bâti une intrigue reposant beaucoup sur l’angoisse et l’ambiance et… Ben, vous me direz si j’ai relevé le défi ou pas!

Vic Verdier et le slasher…
Le slasher n’a pas la cote, ces temps-ci, mais ces histoires-là ont quand même quelque chose de viscéral qui serre le bas du ventre. J’aime comment tout le monde en reconnait les codes; un slasher, c’est une histoire terrible de tous les jours, la petite escapade qui tourne au désastre. On y trouve le groupe de jeunes dans la forêt, le passé terrible qui ressurgit, la scène de cul au clair de lune, la mort qui arrive alors que le fun faisait à peine commencer… La « final girl »… L’envie malsaine de savoir comment la prochaine victime va crever… Le slasher, c’est un film que tu as regardé en cachette dans ton sous-sol et dont les images te suivent quand tu marches dans le bois, la nuit, des années plus tard. (Entre toi et moi, c’est aussi un genre d’histoire qui goute le plaisir coupable tout au long de l’écriture.) Suggestion de lecture : Maudits!, de Edouard H. Bond.

Luc Dagenais et le gorno…
Habituellement, le gorno (mot-valise résultant de la fusion de gore et de porno) est un genre plutôt associé au cinéma, à des films d’horreur où les scènes de torture ou de morts violentes sont outrageuses et complaisantes, et n’a rien à voir avec le sexe. Pour ma nouvelle, j’ai pourtant décidé de donner un sens littéral au mot gorno.

Pour moi, l’horreur ne doit pas être seulement une « saveur » ou un ton qu’on ajoute à un récit; l’horreur doit être intrinsèque à l’histoire que l’on raconte et doit reposer sur des tabous, des peurs ou des problèmes présents dans notre société ou notre psyché collective. La représentation de l’éros et du thanatos, l’hypersexualisation ainsi que l’objectivation du corps des femmes, thématiques présentes dans ma nouvelle, s’arriment parfaitement avec le porno gore.

Suggestions : Le film Deadgirl, de M. Sarmiento et G. Harel, ou encore le roman Flesh Gothic, de E. Lee (que j’ai découvert tout récemment).

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À bientôt,

Frédéric Raymond, éditeur